|
Haïti : le
réveil douloureux. Lyn
Francois, Heritagekonpa Magazine. Paris
12.05.04  | | | Art
work-Claudel Iballon, Photo Sheeler Devis | |
Deux
mois après avoir connu le chaos, Haïti tente difficilement de refaire
surface. Les dégâts causés sont dune telle ampleur quil
faudrait, sans doute,de nombreuses années avant que le pays puisse retrouver
un « semblant de fonctionnement normal». Le spectacle est douloureux
et sapparente à une lente agonie. Les efforts du nouveau gouvernement
ne semblent pas à la hauteur de la détresse humaine. Sur
le plan politique, la fragile stabilité due à la présence
de la force multinationale a seulement permis la création du conseil électoral
provisoire (contesté par une partie de la classe politique) chargé
dorganiser des élections générales dici lannée
prochaine. Comment ne pas déplorer labsence dune véritable
politique de désarmement, première étape vers un processus
de réconciliation nationale ? Comment ne pas dénoncer les différentes
atteintes aux droits de lhomme dont font actuellement lobjet les partisans
de lancien régime accusés dêtre des « chimères
» ? Le respect des droits et libertés individuels ne saurait être
un crédo applicable selon que lon est ou non dans lopposition
politique. Sur
le plan économique, laide promise par la Communauté internationale
tarde toujours à arriver. Aux dires des experts des Nations-Unies, seulement
19% des fonds nécessaires pour venir en aide à Haïti ont été
récoltés à la fin du mois davril. Entre temps, les
conditions de vie de la population se détériorent accentuant la
précarité alimentaire de plus de la moitié des haïtiens.
A lheure actuelle, de nombreux paysans sont contraints de se nourrir avec
leurs propres réserves de semence laissant ainsi penser que le pays se
trouve au seuil dune famine. Lalerte est dautant plus sérieuse
que la période cyclonique (juin-septembre risque de causer beaucoup de
dégâts aux cultures existantes. La
situation des enfants paraît particulièrement préoccupante.
Un rapport davril 2004 de lUnicef montre quils ont été
les principales victimes des violences des gangs armés : viols, blessures
par balles, assassinats etc
A ces tribulations sajoutent la malnutrition,
labsence dans certains villages de postes dapprovisionnement en eau
potable, la pénurie de médicaments. De plus, de nombreux enfants
ont été contraints dabandonner lécole en raison
des difficultés économiques de leurs parents. Ce phénomène
touche tout le pays, y compris certaines zones jusque là plus ou moins
épargnées. Il est impératif de mettre en place un plan durgence
de santé, de nutrition et déducation en faveur de tous ces
enfants car il y va de lavenir même du pays. 
....................................................................................................................................................... En
Haïti, l'après-Aristide reste marqué par l'insécurité et par la misère LE
MONDE | 12.05.04 | 12h23 La
montée de la délinquance, la hausse des prix et l'absence de progrès visibles
alimentent une impatience grandissante au sein de la population. Le chef du gouvernement
provisoire, en visite à Paris le jeudi 13 mai, invoque la faiblesse de l'Etat
et la lenteur de l'aide internationale Port-au-prince
de notre envoyé spécial Un
peu plus de deux mois après le départ en exil de l'ex-président Jean-Bertrand
Aristide, la population haïtienne, dont le lot quotidien ne fait qu'empirer, manifeste
une impatience grandissante. "Nous ne recevons guère plus de 30 minutes d'électricité
par jour", se plaint Lys Ambroise, un habitant de Port-au-Prince qui a bien du
mal à faire fonctionner sa petite entreprise d'informatique. Sur
l'avenue John-Brown, au centre-ville, une escouade équipée de pelles et de brouettes
rouillées ne sait trop comment s'attaquer aux ordures qui s'accumulent sur les
trottoirs et qui obstruent une partie de la chaussée. La revalorisation de la
gourde – la monnaie locale – par rapport au dollar n'a pas empêché les prix du
riz, de l'huile et d'autres produits de première nécessité d'atteindre de nouveaux
sommets. "Nous n'y pouvons rien : c'est la conséquence des pillages qui ont dévasté
les entrepôts lors du départ d'Aristide", explique un commerçant. L'insécurité
demeure la grande préoccupation des Haïtiens. "On ne voit pas encore de politique
de désarmement avec l'appui de la communauté internationale", déplore Micha Gaillard,
un leader de l'opposition à M. Aristide qui apporte aujourd'hui un "appui critique
et constructif" au gouvernement de transition. Les attaques à main armée, souvent
en plein jour, et les enlèvements avec demande de rançon se multiplient "Les
"chimères" -milices armées de l'ancien régime-, qui ne reçoivent plus d'argent
du palais national ni des ministères, se sont ouvertement reconverties dans la
criminalité de droit commun. De dangereux criminels évadés du pénitencier lors
des troubles de janvier et de février, ainsi que d'anciens policiers, sont impliqués
dans la vague de délinquance qui n'épargne pas les diplomates", raconte un ambassadeur
européen. "Il
y a beaucoup de désenchantement. On espérait mieux, surtout en ce qui concerne
la sécurité. On a l'impression que le gouvernement patauge dans une boue gluante",
résume Rony Smarth, ancien premier ministre. "L'héritage est lourd, mais le gouvernement
ne l'a pas bien expliqué. Pourquoi tarde-t-on tant à mettre Aristide en accusation,
à placer ses biens sous scellés ?", s'interroge Hérold Jean-François, qui dirige
la station Radio-Ibo. Pas
plus que les "chimères", les rebelles du Front du Nord, qui ont porté l'estocade
finale au régime de Jean-Bertrand Aristide, n'ont remis leurs armes. Le nord d'Haïti,
qui a servi de base à ce front hétéroclite composé de militaires démobilisés et
d'anciens partisans déçus de M. Aristide, échappe toujours largement au contrôle
du gouvernement. Leur leader, Guy Philippe, laisse planer le doute sur de futures
ambitions politiques. La
présence de 3 500 soldats américains, français, canadiens et chiliens a mis fin
aux violences politiques et aux pillages. Mais le mandat de cette force déployée
dans l'urgence arrive à son terme fin mai. Elle doit être remplacée par 8 322
casques bleus de l'ONU, dont le principal contingent viendra du Brésil. A quelques
semaines de son déploiement, on ignore toujours la composition exacte de cette
nouvelle force internationale. Les pays francophones africains, comme le Sénégal
ou le Bénin, sont sollicités. "J'espère
que, à partir du 1er juin, les troupes des Nations unies se montreront plus actives
pour nous aider à désarmer, pour accompagner notre police dans cette tâche", souligne
le premier ministre, Gérard Latortue, qui visite Bruxelles et Paris après s'être
rendu à Washington. L'une de ses priorités est de renforcer la police, qui compte
2 500 hommes mal équipés et démotivés. Plus de 20 000 candidats se sont manifestés
lorsque le ministre de la justice, Bernard Gousse, a annoncé une opération de
recrutement de policiers. "On pourra utiliser rapidement d'anciens militaires
démobilisés qui n'ont pas participé à des violations des droits de l'homme et
qui n'ont pas été impliqués dans le trafic de stupéfiants", assure M. Latortue
Si le
gouvernement provisoire n'obtient pas rapidement des résultats tangibles sur le
plan économique et en matière de sécurité, de nouvelles convulsions sont à craindre.
Réfugié en Jamaïque, d'où il pourrait prochainement se rendre en Afrique du Sud,
M. Aristide compte sur une victoire des démocrates aux Etats-Unis pour faciliter
son retour en Haïti. Il a toujours l'appui d'une partie du "black caucus", le
groupe parlementaire noir, qui a repris la thèse du "coup d'Etat" monté par l'administration
Bush, dont l'ancien président affirme avoir été victime.
Le premier ministre affiche sa volonté de récupérer les biens publics qui auraient
été spoliés par les dignitaires du régime déchu. "Quand il est arrivé au pouvoir
en 1990, M. Aristide était un prêtre sans le sou. C'est aujourd'hui un des hommes
les plus riches du pays. Nous voulons agir sans précipitation, dans le respect
de la loi. Il faut rompre avec la tradition de vengeance ; ce sera à la justice
de trancher", soutient M. Latortue En
attendant, la Fanmi Lavalas ("Famille l'Avalanche"), le parti de l'ancien président,
a refusé de nommer son représentant au conseil chargé d'organiser les prochaines
élections, qui doivent aboutir à la prestation de serment d'un nouveau président
le 7 février 2006. M. Latortue, qui a longuement négocié avec les responsables
de ce parti, est convaincu que l'ordre en a été donné par M. Aristide, malgré
le désir de ses lieutenants de participer aux élections. "Je leur ai donné un
nouveau délai. S'ils refusent de participer, les élections se feront sans eux",
tranche-t-il.
Jean-Michel Caroit •
ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 13.05.04 .
|