Après la scission, le batteur-compositeur rejoint lensemble à Port-au-Prince le 20 décembre, après quatre semaines de vacances à Montréal. Dix mois plus tard, cest lenregistrement, à la Jamaïque, de lalbum « LEssentiel ». Mario en inscrit la chanson tube, « Religion ». Il quitte alors momentanément ses amis pour sinstaller aux Etats-Unis. Et justement en décembre 1981 alors que « La grande puissance » est en tournée à New York, il offre « A la plage » (in Bossa Combo In the Big Apple »).
Au début de lété 1982, tout feu tout flamme, de Volcy regagne le sol natal. Vers la fin de lannée, il se lance en solo avec lalbum Première Communion. Coup dessai, coup de maître ! Cest la consécration de lartiste. Dans chacune de ses compositions, lauteur traite un thème sérieux, allant de la foi (Première Communion ), de limportance du musicien (Jazz Man) à la valorisation du football, notre sport national (Analyse Logique).
Le talentueux musicien nallait pas sarrêter en chemin. Encouragé par laccueil princier fait à sa « Première Communion », il publie son second microsillon en 1985. Il le baptise Viva Carnaval. Sensuivront dautres succès avec le « Big Band Bossa Combo - BBBC » avec des titres tels que «Ribambelle» et «Gare du Nord» (in «Compas kè kal»)
En octobre 1987, avant de partir à létranger pour mener les activités quexige la fin de son cursus universitaire, lartiste fait sortir son troisième album, Viva Haïti. Une fois de plus, à bien des égards, la composition du morceau du même nom avait permis de mieux déceler le côté innovateur chez Mario. En effet, si mes recherches sont correctes, cest justement Viva Haïti qui a frayé le chemin à lintroduction des instruments de musique sophistiqués dans la musique « racine ».
Après son séjour estudiantin à Porto Rico, de Volcy sétablira à New York pendant deux années. Il sinscrit chez le professeur de musique Mercène Poinvil et y suit des cours de voix et de piano. A partir de cet instant, il se produit un peu partout à travers la mégalopole new-yorkaise comme soliste ou comme artiste invité avec dautres groupes. Il chante ses créations et adopte désormais le « timbale », laissant la batterie un peu de côté. Sa première sortie faite avec le mythique Tabou Combo au Plattduetsche Park Restaurant (Long Isaland, NY) en été 1988 connaît un succès monstre. Cest la confirmation de Mario Mario ! Il est surnommé « Le Roi du rara ».
Au cours de lannée 1990, de Volcy apporte sa couronne musicale à Port-au-Prince. Font partie désormais de sa cour : Antonio Beauvil, Harry Balmir et, bien sûr, les héritiers du trône, ses jeunes frères Romeo Volcy (actuel percussionniste du groupe ZIN) et Roberto Volcy. Ensemble, ils montent le groupe MIRAK Musique Immortelle de Rara, dAmour et de Konpa (Grande première à Ibo Lélé le 17 novembre 1990). La réalisation deux mois plus tard du vidéo-clip « Ayiti pou Afrik di Sid- Mandela lage » est classé numéro un à lépoque. Cest lapothéose! Lannée prochaine, dans un autre registre, il annonce dans notre carnaval : «Yo bay limyè». En septembre 1991, notre artiste sinstallera pour de bon aux Etats Unis. Et MIRAK sera malheureusement dissous.
Cependant,
le succès de son quatrième album solo Super Mario IV, sorti en 1998
ne sera pas le fruit dun miracle. Il sera tout simplement le résultat
dune uvre vachement accomplie. Là encore, il fait figure de
pionnier, dune part et de messager, de lautre. En effet, dans «Marie
La Folle » (composé avec le très regretté Yvon Louissaint),
il introduit carrément dans le compas direct (version Nemours Jean-Baptiste)
- chose nouvelle - un air frais de rabôday, de « grenn cirouelle »,
d« anba tonèl » - spécialité des nos vrais
troubadours. Le jeune innovateur a ainsi redéfini les contours dun
nouveau son qui allait déferler sur le compas. Dans « Watch Out »
(Faites attention !), chanté par lexcellent Raymond Cajuste, il lance
un message vibrant et significatif. Il appelle la jeunesse haïtienne à
la discipline et la supplie, comme jadis dans « La pipe du diable »,
de séloigner de cette peste que constitue la drogue.
Il convient à ce point de marquer une pause en vue de rappeler que le plus beau succès de la carrière de Mario fut celui quil a remporté sur la drogue, voilà de cela plus de dix-neuf ans. En effet - comme cest souvent le cas chez nous comme ailleurs - notre artiste, alors au faite de sa gloire, avait sombré pendant au moins une année (entre 1985 et 1986) dans lutilisation des stupéfiants. Mais, comme à son habitude, il sétait redressé rapidement et sen était sorti « la tête altière et haut les fronts ». Ce fils prodigue est donc devenu ipso facto un modèle pour nos jeunes et un véritable « success story ». Car, cette note est de loin la plus belle quil ait jamais écrite dans sa carrière musicale. Elle constitue celle qui a véritablement fait de Mario de Volcy un gisemenet dor inépuisable.
Comble de bonheur, ce dernier possède plusieurs cordes à son arc. Non seulement il est un musicien de grand talent, mais il compte également parmi lun de nos meilleurs présentateurs, chroniqueurs, animateurs et producteurs musicaux. Aussi, selon lancien présentateur radiophonique Jacques « Topaz » Glaure, homme bien connu dans le milieu du show- biz, « depuis le séjour de Mario aux Etats Unis, le verra-t-on ou comme batteur ou comme animateur à tous les événements se rapportant à la musique haïtienne. Que ce soit à New York, à New Jersey, à Massachussetts, en Floride ou ailleurs, ils sont légion les organisateurs à solliciter sa participation dans leurs entreprises. Et, chose louable, il fait toujours très bien tout ce quil fait ». En effet, comme présentateur, entre 1993 et 1997, De Volcy sétait révélé superbe sur les plateaux dune chaîne communautaire dans lémission « Haïti Créole ». Avec sa voix très radiophonique, il conquiert depuis environ une année les auditeurs respectifs de Radio Tropicale et de la WLIB 1190 AM (New York) dans les émissions « Serum » (chaque jeudi de 16 heures à 18 heures) et « Verite sou tanbou » (Il anime la dernière chaque deuxième samedi du mois de 14 heures à 16 heures avec son collègue et ami Stanley Barbot)
La contribution musicale de Mario ne sétait pas limitée au seul « BBBC », ni aux autres groupes au sein desquels il avait adhéré bien avant, ni même à ses vres personnelles. Car, depuis ses 37 années de vie artistique (sur cinquante et une jeunes dexistence), il na jamais rechigné devant la tâche. On se perdra à dénombrer les projets musicaux auxquels il a participé, à un titre ou à un autre. Des artistes comme Raoul Denis, Jr., Jacky Ambroise, Emeline Michel, Claude Marcelin, Eddy Brisseaux, Patrick Apollon, Roméo Volcy, etc. et des groupes tels que les Skah Shah (sous la direction de Cubano), Lakol, ZIN, ont tous bénéficié de sa créativité et de son originalité.
La production musicale na pas non plus laissé insensible notre artiste. En effet, il collabore activement également avec M. Alex Villier et le chanteur Beethova Obas dans leur « Music Arts». Cette équipe compte à son actif, parmi dautres, la sortie, en 2002 de lalbum « Exodus » de Raymond Cajuste et celui « Atis pou Ayiti » (janvier 2005).
En fait, il vaut également la peine de signaler que les premiers vrais bénéficiaires de la carrière artistique de Mario restent et demeurent tous et chacun de nos compatriotes. Car, je peux affirmer sans crainte dêtre démenti que la gentillesse de ce frère frise un véritable conte de fée. Dun entregent naturel, il accueille « Monsieur tout le monde » toujours avec un sourire qui saccompagne généralement dune accolade sincère. Denrée tellement rare!
Bien que lui et moi nous soyons maintes fois à couteaux tirés sur certains aspects de la musique haïtienne (surtout dans son cheminement et son interprétation socio-historique), je dois avouer que je me suis toujours incliné devant le talent musical de M. Mario de Volcy, devant sa connaissance et surtout devant son amour contagieux de la si belle musique de notre terre commune.
Puisse Dieu, dans sa miséricorde insondable, lui qui avait appelé à lexistence notre fière nation, se servir de lui et de nous tous afin de pouvoir prêcher du haut de la plus haute cathédrale limportance de la connaissance de notre histoire, le sens du civisme et du patriotisme, lamour des valeurs morales et intellectuelles. Cette disposition salutaire aura une triple vertu. Premièrement, elle nous conduira résolument à nos valeurs ancestrales et à lamour et la connaissance des choses de notre pays, né pas dix, pas cinquante, mais plus de deux cent années de cela. Secondement, parce quayant désormais une formation musicale et historique adéquate, elle nous permettra dapprécier toute sorte de musique de chez nous, spécialement la méringue haïtienne, qui est la musique nationale de la République dHaïti. En dernier lieu, elle rappellera à nous tous que nous avons un patrimoine culturel biséculaire à chérir et à sauvegarder. Et je demeure convaincu que cest le désir infini de tout un chacun. Il lest de vous comme de moi. Il lest aussi du musicien, de lartiste Excusez du noble Mario de Volcy. !



